panorama
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Panorama :
Nous regroupons ici, en « panorama », des textes qui ont été établis et diffusés tout au long de l’histoire du projet « pour une ville ».
Ces contributions au fil du temps des acteurs et partenaires du projet,- propositions, comptes-rendus, brochures ou extraits de brochures, appels, notes de synthèse, rencontres,…nous semblent significatifs aujourd’hui des divers temps de notre démarche, des évolutions de notre pensée et de notre action,…quitte à ce que les principes fondateurs en demeurent intangibles !
Des propositions initiales de novembre 75, aux appels à contribution d’aujourd’hui en passant par la Charte d’octobre 83, ou notre publication « pour une ville de nouvelle mesure » de novembre 94, la part d’écriture « pour une ville » a été et reste importante.
A ce point de nos travaux, ces textes constituent des matériaux essentiels pour l’invention , l’expression partagée et progressive d’une « utopie renouvelée » applicable à la fondation d’une ville de nouvelle mesure.
Ils composeront une base efficace pour nos échanges à venir, notamment sur notre site www.pouruneville.com


4 – novembre 94 / « pour une ville de nouvelle mesure »
AVANT-PROPOS



LA POLITIQUE de la ville porte aujourd’hui, à juste titre et en priorité, sur l’amélioration des villes existantes et de leurs banlieues. Des mesures sont prises pour limiter ou stopper la désertification des régions à vocation rurale ou agricole. Un grand débat engagé au niveau national porte plus globalement sur l’aménagement du territoire. Responsables des collectivités territoriales, élus, professionnels de l’aménagement, travailleurs sociaux, animateurs d’associations et citoyens apportent leur contribution.

Le projet « pour une ville » a été engagé il y a quelques années. Il vise à l’invention d’une nouvelle forme de ville : « Faut-il inventer une autre ville ?... » Tel était le titre d’une rencontre organisée au Centre International du Futur à Arc-et-Senans en mars 80.

Ce projet a fait l’objet d’un premier choix de site qui regroupait un ensemble de communes situées à la limite des départements du Doubs et du Jura, - travaux développés de 81-82 à 89-90. il s’inscrit aujourd’hui dans une perspective européenne.

Il est d’usage de considérer que les temps de crise sont favorables à l’invention. Combien de travaux et de propositions nés en Franche-Comté sous diverses formes et de manière inédite ont contribué à la recherche d’une meilleure organisation sociale ! Comment l’hypothèse énoncée par les partenaires du projet « pour une ville » de l’invention et de la fondation d’une ville de nouvelle mesure marque-t-elle aujourd’hui une fidélité à cette tradition comtoise ? Utopie ou réalisme ? Le propos pouvait hier sembler théorique, il prend aujourd’hui un réel caractère d’actualité.














« Je verrai le projet d’une ville
comme une décision de politique pure »













1.

UN PROJET
DE CE TEMPS




LES ACTIONS engagées au titre de « la politique de la ville » ne peuvent exprimer l’ensemble des impératifs contemporains d’une nouvelle organisation urbaine. Elles sont nécessaires. Elles ne sont pas suffisantes.

Les conditions techniques, économiques, sociales, politiques, culturelles et spirituelles de notre temps appellent à l’invention et à la fondation d’une autre ville : pour une ville de nouvelle mesure – nouvelle par les arrangements de ses espaces et de ses réseaux multiples, nouvelle par la conduite et les pratiques de la vie de la Cité.

La conception et le fonctionnement de la ville de nouvelle mesure sont liés aux conditions des productions et des échanges telles qu’elles résultent des modes de communication contemporains. La ville opère fortement sur le mode du réseau. Elle doit répondre à un besoin de nouvelles urbanités, de qualité de vie urbaine renouvelée : les citadins, pleinement citoyens, sont auteurs et acteurs, pas seulement participants ou consultés. Son image et ses principes de gestion sont révélateurs d’une nouvelle prise en compte des équilibres de milieu et des conditions d’environnement.

Question de vocabulaire : s’agit-il d’une « ville » au sens où elle est habituellement comprise ? La ville de nouvelle mesure correspond au maillage dense d’un territoire dans une perspective multipolaire, plutôt qu’à une juxtaposition dense de bâtiments et d’équipements. Il s’agit bien d’une nouvelle image de la ville qui concerne davantage l’aménagement urbain d’un territoire que la ville traditionnellement considérée en son enceinte. Sur de nouveaux modes, il est toujours question de l’organisation de la vie de la Cité.

La ville de nouvelle mesure s’inscrit dans la longue tradition historique des fondations de villes en Europe. L’Europe témoigne à cet égard d’une vocation singulière. La ville européenne doit être repensée. Il s’agit d’inventer et non de reproduire des modèles qui nous viennent de l’Antiquité ou du Moyen-Age. L’Europe n’est pas regardée seulement comme le champ de développements économiques efficaces. Elle constitue aussi un espace d’idées neuves, de projets, d’expérimentations dépendants nécessairement des conflits et des contraintes du temps, mais témoignant toujours d’espérances fortes. Il s’agit d’inventer des espaces qui permettent de nouvelles pratiques et expriment un sens nouveau donné au travail, à l’éducation, à l’emploi, à la formation, à la santé, aux productions industrielles, aux services et aux commerces, aux arts et à la culture, à la solidarité, aux termes quotidiens de la gestion de nos activités.







En ce lieu, aujourd’hui,
nous fondons la ville !



DES HOMMES, des femmes dans le monde, aujourd’hui, se reconnaissent porteurs de valeurs et de projets qu’aucune théorie n’a encore permis de certifier, ni aucune pratique n’a permis d’exercer. Il est jusqu’ici impossible aux citoyens d’agir sur le plan, l’organisation et le fonctionnement de leur propre ville. Ils peuvent, s’ils le veulent, en prendre les moyens, se conduire comme de véritables explorateurs d’un futur urbain renouvelé : « Oser ! L’Histoire, c’est aussi cette décision prise : en ce lieu, aujourd’hui rassemblés, porteurs de passé et d’espérances complémentaires, nous fondons la ville ! Acte d’existence ! » (pour une ville – Novembre 75). Cette proclamation est acte de création et de résistance.

Il en a toujours été ainsi à chaque fois qu’il y a eu transformation des conditions de production et d’échange : invention de machines, définition de concepts nouveaux, approche de nouveaux mondes. Chaque chapitre de l’histoire de l’Europe en porte témoignage : l’abbaye cistercienne et le défrichement, le collier pour les labours, l’assolement des terres ; puis le développement de l’imprimerie et de la machine à vapeur ont entraîné les plus grandes transformations dans l’aménagement des territoires et l’organisation des villes, lentement d’abord, imperceptiblement, plus rapidement ensuite et brutalement à partir de la révolution industrielle. Les paysages, les hommes, les métiers, les connaissances, la culture correspondaient à de nouvelles images, les villes aussi. A la lecture de ses strates, on observe qu’à raison des évolutions de la société qui la gère et l’enrichit, la ville est aménagée, embellie, remise au goût du jour. Elle constitue une mosaïque des aspirations de l’homme avec l’affirmation toujours renouvelée, toujours retranscrite, de ses besoins d’identité, d’accomplissement et de dépassement.

Ces aménagements n’ont parfois plus suffi à exprimer les pulsions et les expressions symboliques d’une société nouvelle. Aux temps forts de son histoire, l’Europe a toujours fondé des villes neuves. Un tel projet constitue un acte politique majeur au sens traditionnel de « l’organisation de la vie de la Cité ». Sommes-nous capables d’inventer des espaces de vie qui permettent de repenser l’habitat de l’homme et l’organisation de ses activités, de forger une image de la ville produit des connaissances et des outils d’aujourd’hui et qui exprime des perceptions inédites du monde et de notre environnement ? « Voici venu le temps d’une analyse inédite des conditions de la relation de l’homme à la société de son temps, et de sa situation d’être vivant lié à un milieu naturel déterminé et limité » (pour une ville – Novembre 75).

Nous posons en ces termes l’invention et la fondation d’une ville de nouvelle mesure :
- découvrir un site et s’en éprendre, le parcourir, approfondir ses moindres replis, éprouver le terroir, partager les traditions, les connaissances, les limites et les vertus des gens qui y vivent ou le traversent.
- Susciter et organiser progressivement les projets élémentaires qui, pour ce site et sa région, sont de nature à vivifier l’économie, la politique, la vie culturelle. Définir les plans communs de réhabilitation (habitat, locaux d’activité, espaces publics,…) nécessaires pour l’accueil de nouvelles entreprises, le maintien et le développement de celles qui fonctionnent. Oui, la première étape de la fondation urbaine consiste à « faire du neuf » avec l’existant.
- Mettre en œuvre les rencontres, programmes de formation et d’apprentissage, fêtes à vocation locale ou régionale qui feront référence par rapport à une conscience et une identité renouvelées du site et de ses acteurs.
- Dans le respect des équilibres de milieux, des échelles de site et de paysages, établir les équipements neufs requis pour la création de nouvelles activités.


Ces actions élémentaires sont conduites suivant deux principes souvent complémentaires, parfois contradictoires, d’une authentique dynamique d’entreprise (pour une ville – Congrès FIHUAT – Genève – Septembre 1977) :
- Rêver d’abord un avenir possible, ou simplement probable, voire aléatoire. Engager alors tous les moyens qui donnent une chance d’aboutir à la transformation de ce rêve en réalité. Il est fortement faire recours à l’imaginaire. L’utopie est indispensable en temps de crise, de grands chambardements, de perte des valeurs anciennes.
- Evaluer et analyser les termes conducteurs de la réalité présente avec une rigueur et une objectivité aussi scientifiques que possible. Les travaux quotidiens, les projets, les actes de gouvernement sont établis conformément aux résultats acquis. Les développements auxquels ils conduisent sont limités à quelques extrapolations prudentes. Il est peu fait appel à l’imaginaire.







Les principaux termes de la fondation
d’une ville de nouvelle mesure.
Complexité et harmonie


LES POSSIBILITES des techniques de communication nouvelles, l’attention portée aux équilibres naturels et à la qualité des paysages, la conception aujourd’hui, la construction et la gestion des équipements et ouvrages portent à la mise en œuvre de réseaux cohérents de petites unités de production ou de service (échelle PME), dont le haut niveau de qualification permet des interventions diversifiées. Voilà un modèle qui peut donner lieu à de nouvelles villes dans des territoires à vocation rurale et agricole demeurés à l’écart des développements classiques du monde industriel. Ces espaces « préservés » présentent de bonnes qualités d’environnement et de patrimoine ; s’ils sont normalement desservis et si les gens du lieu « en veulent », ces territoires ont vocation à accéder, de plain-pied, à des schémas inédits d’aménagement, d’équipement et de performance.

Il ne s’agit donc pas d’une fondation ex-nihilo, au sens traditionnel des grands actes fondateurs de l’histoire des villes.

En mettant à profit les nouvelles possibilités de maillage des territoires (câble, autoroutes, réseau TGV, télématique, informatique, satellites, …) il semble qu’à l’échelle d’un site et de ses réseaux de proximité, on puisse s’attacher à la « cristallisation » d’un espace urbain de type nouveau. Il y a « fondation » dès lors que l’émergence raisonnée et maîtrisée de ce réseau singulier correspond à l’exercice de nouvelles solidarités et à des échanges denses. Simple « lieu-dit » des réseaux planétaires en quelque sorte, lié toujours à des ensembles de plus vaste amplitude, espace scellé cependant, présentant des caractéristiques spécifiques, générateur d’identité : je suis de ce lieu et je m’en porte garant.

Ce fonctionnement en réseau rend compte du caractère complexe des entreprises et des projets : « La ville ne se manifeste pas seulement par la qualité de ses symboles, ou par le caractère de ses industries et de ses bâtisses, mais par l’étroite imbrication des fonctions et des échanges auxquels elle donne lieu ; la complexité même de ces relations manifeste le seuil urbain » (pour une ville – Novembre 75). La reconnaissance du caractère nécessairement complexe de nos activités, dût-elle d’abord sembler contraignante, constitue un terme premier de l’invention de nouvelles urbanités : « On redoute une complication, alors qu’au contraire la complexité est facteur d’harmonie. Ce qui complique, c’est la simplification, par sa schématisation et sa trop grande spécialisation. Une chose spécialisée devient obligatoirement, au bout d’un certain temps, un obstacle au déroulement de la vie » (pour une ville – Rencontre avec Jean Renaudie – mars 78)… « A une complexité croissante de la matière correspond une augmentation de conscience. Dans cette perspective, une ville qui intégrerait dans un ensemble vivant les valeurs d’une civilisation traditionnelle, les apports de la modernité et les expressions d’un futur projeté vers un « en-avant » et un « en-haut » ne pourrait que favoriser une socialisation intense de la communauté et une personnalisation effective des individus qui la composent « (Jean Heckenroth).

A la complexité croissante des « problèmes de civilisation » correspond une difficulté plus grande de mise en harmonie. Celle-ci reste cependant considérée comme nécessaire « facteur de civilisation ». Elle trouverait son contraire, à nouveau, dans la barbarie. « Sur ce point, nous avons pu quelquefois nous méprendre : la vie en société n’est point corruptrice. Mais l’homme que nous observons dans son rapport avec la société de son temps se trouve encore, le plus souvent, à l’état de barbare. Nous décollons à peine de l’état de barbare. Nous y plongeons encore à pleines racines. Nous pourrons effectivement dire que nous aurons avancé vers plus d’humanité le jour où le simple fait de réunir des hommes en sociétés particulières les inclinera à une plus grande qualité de leurs relations inter-personnelles, et les portera individuellement à des créations nouvelles dont ils auraient été sans cela incapables. Nous n’y sommes jamais parvenus, à ce jour, que dans le cadre d’assemblées limitées, ou de caractère très particulier. Pariant sur le succès de la vie sociale comme facteur de plus hautes créations, nous devons nous attacher à découvrir et explorer les premiers termes d’un prochain passage de cette horde barbare à la société urbaine. Nous reconnaîtrons ici la fondation et le premier établissement d’une ville comme l’un de ces projets capables de nous porter à de nouveaux paliers de conscience politique et d’engagement » (pour une ville – Novembre 75).

L’organisation des territoires et la conduite de l’aménagement des villes supposent la connaissance et la maîtrise du caractère de plus en plus complexe de nos activités, des relations entre individus et entre groupes sociaux. L’approche spécialisée et parcellaire ne constitue qu’un élément de connaissance et de maîtrise de l’événement. Il faut savoir tout prendre en compte. La ville de nouvelle mesure constitue un tout. Même s’il s’agit d’un objectif primordial, son efficacité n’est pas assurée par la seule création d’entreprises rentables. Elle suppose aussi une part de sensibilité et d’imagination, de rêve. Poésie, politique, économie efficace, sont les trois termes d’une fondation urbaine contemporaine. Leurs multiples arrangements d’ordre complexe sont intimement liés et doivent être considérés uniment.

Traités à la hâte, par bribes, un geste ici, un autre là, sans perspective, que sont devenus la ville et le sens donné à la ville ? au vide absolu du projet politique et à ses corruptions, correspondent le vide absolu du projet urbain et ses grandiloquences. L’imagination a déserté le pouvoir : … - « Invention, dîtes-vous ?... – Combien ça coûte ? … « Ne point troubler. La paix en les académies. Raccommoder. Perpétuer.

Que faire ?

Identifier et reconnaître les quelques premiers signes des quelques premières émergences de projets neufs. Parier. Méditer. Prier. D’où qu’elles viennent, ne pas simplement compter sur des initiatives extérieures. Engager sans attendre les premières explorations qui, une à une, conduisent à l’établissement progressif des termes neufs de nos créations et de nos échanges. Entreprendre et faire, poursuivre.

La ville est nécessairement imparfaite et inachevable ; elle procède d’un plus vaste dessein, d’une compréhension globale du monde. Tout projet urbain est projet « au long cours ». il relève d’engagements actifs et complexes dans de multiples réseaux d’échelle planétaire. Mais la ville doit aussi répondre à ce besoin d’être toujours « de quelque part », de se reconnaître de ce lieu, d’y vivre et puiser de nouvelles ressources.

Avancer. Conquérir et assurer de nouvelles maîtrises, tels furent, pour l’essentiel, les principes efficaces de l’histoire de l’Europe. Il ne s’agit plus de croître en puissance mais en sagesse. Hier temps d’effervescences, d’impulsions et de croisades, aujourd’hui temps de résistance et de contrôle, de limitations raisonnées, d’imagination, d’affirmations neuves. Pour avancer, toujours.







1975 / 1993 : premiers actes
pour une ville de nouvelle mesure


DES NOVEMBRE 75, l’idée de fonder une ville s’impose. C’est « pour une ville », l’expression libre de premières propositions, la conviction intime d’une entreprise nécessaire et du temps qu’il faudra pour parvenir à de premiers résultats. Donner à lire. Peu de goût pour l’estrade et les salons. Echanger de premières impressions. Des amis réunis. L’un fait référence à des convictions écologiques, un autre au monachisme et à l’abbaye cistercienne. On parle d’utopie et de millénarisme (pour en évoquer et conjurer les risques et les impasses). On compte douze premiers partenaires du projet : sculpteur, agrégé de lettres, chiropracteur, aumônier universitaire, historien, juriste international, ingénieur, géographe, architecte, puis trois économistes invités à les rejoindre. Voilà un premier réseau d’urbanité. Travailler, débattre, prendre le temps nécessaire, créer une association loi de 1901 : elle a pour objet, « la conception et la réalisation des études, recherches et expérimentations préalables à la fondation d’une ville et nécessaires à son établissement » (J.O. 26 juillet 1977). A partir de 76 – 77, l’idée devient projet partagé avec ses rencontres, études et groupes de travail, ses conflits et propositions renouvelées ; elle se précise, évolue et se renforce. Des articles : un quotidien du soir parle à notre sujet de « la ville où les poètes sont rois » (Le Monde – 17 octobre 1982). Des revues professionnelles, un magazine japonais. La lettre, un jour, d’un préfet du lieu ; il en sait plus et mieux que nous nécessairement : des histoires de paysages avec des petites maisons au milieu, une rivière, les pêcheurs parlent au préfet, le préfet écrit au ministre, il refuse les crédits d’étude qu’on lui propose ! … Une mairie, une carte postale : « votre ville m’intéresse. Vous commencez quand ? Je voudrais être la fleuriste de votre ville du futur ». le temps passe. Des gens pour, des gens contre. Progressivement un réseau élargi se dessine, porteur d’un fond commun de connaissances et de convictions, d’un langage et de codes, d’une culture d’entreprise. En 81 – 83, est engagée une première « hypothèse de site » en Franche-Comté.



















2.

UNE HYPOTHESE DE SITE
EN FRANCHE-COMTE


FRANCHE-COMTE / première / 80 -89. Une première hypothèse de site sur une boucle de la Loue, à hauteur de Mouchard-Gare TGV dans le Jura, Arc-et-Senans et Quingey dans le Doubs, dans une perspective d’intime intercommunalité. Un « coup de cœur » pour un site présentant de remarquables qualités de paysages et de patrimoine, et de larges possibilités d’aménagement.

Deux éléments forts de la tradition comtoise ont été décisifs.

La coopérative, la fruitière, l’université populaire, les syndicats professionnels, l’action sociale relèvent largement d’idées et pratiques comtoises : l’histoire est longue en Franche-Comté des utopies et de l’innovation sociale. il ne s’agissait pas d’adhérer simplement à l’utopie de Claude-Nicolas Ledoux comme il a été dit un peu vite, mais, dans sa recherche d’urbanités renouvelées, la ville de nouvelle mesure se rapproche sans doute des propositions ou intuitions de Fourier, Considérant ou Proudhon. Porteur au plan international de l’héritage de ces réflexions prospectives, le Centre du Futur, installé à Arc-et-Senans dans la Saline Royale, a été le lieu de rencontres et échanges décisifs. Le niveau de qualification élevé des entreprises en matière d’horlogerie, artisanat et industries du bois, productions agricoles et vinicoles, optique, mécanique de précision,… constituait d’autre part, un facteur favorable au développement d’activités nouvelles.

Il y avait aussi la commodité des dessertes. Dans la perspective d’une ville à vocation européenne, la position géographique de ce site constituait un élément important. Le réseau routier et autoroutier (N83 – Strasbourg / Lyon ; autoroute Rhin / Rhône) ouvre un accès direct aux grandes métropoles européennes. La gare TGV de Mouchard constitue le carrefour des grandes lignes de chemin de fer Nord-Sud / Calais-Strasbourg-Vintimille, et Est-Ouest / France-Suisse-Italie. (« L’Orient-Express » s’arrêtait en gare de Mouchard !...). Le Jura français et le Jura suisse partagent nombre de traditions et d’éléments d’histoire commune.

La Franche-Comté, enfin, n’était pas « une région à la mode ».

Il s’agissait bien d’un choix résolument volontariste. Il devait prendre appui sur un minimum d’éléments plus rationnels et sur une perception partagée par les gens du lieu.

Un « Atelier Franche-Comté » a été mis en place pour assurer la coordination à l’échelon local et régional. Divers groupes de travail ont permis un approfondissement méthodologique et des recherches thème par thème. Un « Plan de 3 ans » a été défini pour la conduite des premiers travaux et études. Des visites ont été organisées ; elles ont permis des rencontres entre élus et équipes municipales, au Châtelard et à Lescheraine (Savoie), au Pays de Gex (Ain), à Cergy-Pontoise (Val d’Oise) et dans le Val de Giers (Loire), à la Tour du Pin (Isère). Ces démarches ont été conduites en relation étroite avec les maires des communes et leurs équipes, les responsables départementaux et régionaux, les habitants : expositions, projection de films, permanences en mairie, … permettaient information et débats.



Trois phases complémentaires d’évaluation
et de propositions.


LES TRAVAUX d’évaluation et de premières propositions correspondant à cette hypothèse de site en Franche-Comté ont été conduits avec le souci d’éviter toute théorisation échevelée qui serait forcément restée en décalage par rapport aux résultats probables ; écueil banal de l’utopie traditionnelle et de ses dérives, la réalité doit se plier aux exigences d’un système et à sa contrepartie obligée de règles et contraintes ! Aucune autarcie possible, au contraire. « La ville ne s’isole point … Elle ne constitue pas un ensemble privilégié à l’abri des troubles du temps … Elle adhère au mouvement général de son époque, celle-ci s’inscrivant et adhérant au mouvement plus général de l’histoire des hommes et de leurs inventions multiples « (pour une ville – Novembre 75). La fondation d’une ville de nouvelle mesure rompt avec le rêve de « villes ailleurs » où s’épanouirait une vie idéale à l’écart des conflits et des violences du temps. « Il s’agit cependant de mettre à profit des possibilités d’intervention qui se situent sensiblement au-delà des schémas reconnus comme réalistes ; un projet pris de loin peut présenter des vertus de fécondité plus grandes que la simple réflexion à partir de l’ici et maintenant » (Pierre Joly). Elle relève d’une utopie raisonnée qui implique une connaissance précise des principales caractéristiques physiques, historiques et géographiques, économiques, humaines, politiques, … du site de référence.

Les travaux correspondant à cette hypothèse de site en Franche-Comté ont été programmés suivant trois phases étroitement complémentaires, avec des secteurs confiés à des étudiants en phase terminale de leur cursus scolaire ou universitaire ou à des équipes de professionnels qualifiés ; avec une part d’observation et d’analyse, puis de premières synthèses, une part de propositions enfin, spécifiquement adaptées au site. (Une part de ces travaux a été réalisée ; une autre est restée à l’état de projet ou a fait l’objet de premières études de diagnostic).




Phase 1

IL S’AGIT d’un ensemble de mesures et observations qui correspondent à une analyse fine et une écoute attentive du site et des gens du lieu :

- caractéristiques physiques du site : climat, nature des sols, régime des eaux, pluies et vents, ensoleillement, courbes de niveau, lignes de plus grande pente, points culminants, lignes de crête, passages, traces, marquages, échelles et caractéristiques de paysage, …
- géographie humaine : populations, répartition, migrations quotidiennes ou saisonnières, catégories socioprofessionnelles, qualifications et domaines de compétence, …
- histoire : familles, groupes, faits et actes marquants, traditions, contes et légendes, fêtes et marchés, …
- vie économique : agriculture, artisanat, commerces, coopératives, PME, GIE, GAEC, structures d’emplois, chiffres d’affaires, bilans, croissances / décroissances, principaux marchés, endettements, investissements, établissements financiers de référence, services, professions libérales, régimes d’activité, chômage, …
- vie sociale : groupes d’acteurs, associations, « figures », bénévolat, temps forts, assistance, formation, services socio-familiaux, économie sociale et familiale, aides à domicile, …
- vie politique : organisation territoriale, regroupements et intercommunalité, budgets communaux / départementaux / régionaux, endettements, ressources, clivages, résultats électoraux, évolutions, « notables »,…
- vie culturelle : éducation, écoles, lycées et collèges, enseignement professionnel, formation permanente, regroupements, associations, …
- communication : presse locale et régionale, radios, TV, câbles, …
- équipements et patrimoine : occupation des sols, cadastre, bâtisses, bâtiments publics, lieux de culte, éléments de patrimoine, réseaux, …
- etc.

les diverses informations recueillies permettent de dresser – image en creux ou « matrice » de la ville – une première analyse des aménagements potentiels et de leurs évolutions ; les équipements et ensembles bâtis ne sont pas projetés à plat sur une carte, mais établis en harmonie étroite avec les caractéristiques morphologiques et physiques du site. Un carroyage fin, le recueil d’un maximum d’informations « plot par plot », une programmation précise de l’ensemble de ces données élémentaires doivent permettre une prévision efficace. La gestion cohérente de ces multiples informations suppose le recours à des logiciels très complexes, à raison même de la quantité, la densité et la diversité des données enregistrées (une première approche avait été entreprise avec des étudiants en géographie des professeurs P. Pinchemel à Paris et M. Wolkowitch à Aix-en-Provence ; avec le concours de Philippe Courrège pour ce qui concernait le concept même et la partie à informatiser). Le recours à de tels modèles pourrait permettre de maîtriser l’arrangement des diverses unités élémentaires entre elles, leurs interrelations, leur impact sur l’environnement et les réseaux, et cela tout au long de la vie des entreprises, équipements et aménagements : création, croissance, développement, définition de nouvelles alliances, ou suppression de telle unité, …

l’aménagement général du site est considéré suivant trois aspects complémentaires :

- la mise en valeur des paysages naturels, espaces agricoles compris : ils assurent une fonction économique active ou simplement écologique et environnementale (vers une notion de « parc urbain »).
- La réhabilitation du patrimoine existant, tant habitat et bâtiments industriels ou agricoles (quitte à les affecter à de nouveaux usages), qu’espaces publics, fontaines, bornes et marques diverses.
- L’insertion raisonnée des équipements neufs qui expriment nouvelles activités ou fonctions symboliques inédites. Avec une volonté d’architecture qui témoigne des capacités de création et d’invention de ce site et de ce temps.





Phase II

LES ETUDES réalisées en phase II sont l’occasion de premières synthèses :
- stratégie foncière. Le projet est présenté dans une perspective de respect du site et des habitants. Il s’attache à considérer le temps de leur histoire et doit être l’occasion de mettre en pratique de nouvelles formes de partenariat. La fondation d’une ville de nouvelle mesure ne repose pas seulement sur l’expropriation après enquête d’utilité publique !… La diffusion en réseau des diverses unités et leur relative modestie d’échelle sont de nature à réduire la pression de la demande foncière. Cette tendance devrait être renforcée grâce à la réduction ou la disparition de certaines contraintes des modèles industriels traditionnels, - les circulations et accès pour des approvisionnements volumineux et lourds, par exemple. L’aménagement en réseau permet de contourner facilement le refus exprimé par un propriétaire de céder une parcelle de terrain : on occupe une parcelle voisine ou un bâtiment réaménagé. Cette relative souplesse d’adaptation ne permettra cependant pas de régler l’ensemble des questions posées.

- Structures politiques et administratives qualifiées. Cette analyse doit être assurée de façon aussi exhaustive que possible. Elle reste tout particulièrement dépendante des traditions et usages, des habitudes des gens du lieu et des conditions du site. De nombreux textes officiels permettent d’envisager une grande variété de propositions adaptées aux différentes situations et aux volontés exprimées. Une double certitude : il s’agira nécessairement de montages qui ouvrent largement le champ à l’engagement et à l’expression des communautés concernées ; ils devront correspondre à des coopérations intercommunales fortes.
- Les déterminants économiques. La prospérité de la ville de nouvelle mesure reste très dépendante des caractéristiques du site et de ses potentiels de mise en valeur, des volontés et compétences des gens du lieu ; ce qui implique une connaissance aussi précise et aussi complète que possible des conditions économiques locales et régionales (Cf. ci-dessous chapitre 4)




Phase III

LES ETUDES correspondant aux phase I et II précédentes présentent un caractère de relative généralité. En revanche, les propositions reprises ici en phase III correspondent plus limitativement à des données et travaux spécifiques du site considéré ; elles relèvent souvent des opportunités qui ont pu se manifester ou de rencontres singulières. En Franche-Comté, les principales propositions énoncées à ce titre ont été les suivantes :
- secrétariat intercommunal d’administration et de gestion : les villages, bourgs et hameaux présents sur le site n’ont pratiquement plus accès au minimum de structures de fonctionnement. La mise en place d’un Secrétariat administratif et technique intercommunal devait permettre de renforcer les capacités d’intervention des collectivités locales. Par extension, ce Secrétariat aurait pu assurer quelques fonctions d’assistance aux particuliers (jusqu’à faire fonction « d’écrivain public » ?…).
- animateur économique : professionnel responsable du suivi économique du site et de ses évolutions possibles, il aurait notamment en charge l’analyse des activités existantes et leurs possibilités de développement, la recherche de nouvelles entreprises, l’accueil et l’aide à la création de nouvelles activités, ainsi que la promotion économique de la zone.
- Conservatoire intercommunal des arts, techniques, traditions et prospectives : espace d’échange d’informations et d’acquisition de connaissances, ce Conservatoire devait permette de valoriser les acquis locaux et régionaux, les éléments majeurs de la vie du site et des territoires voisins, de délimiter et amplifier les capacités d’initiative et de création par l’enseignement de nouvelles techniques. Une communauté locale et micro régionale met au jour et réactive les termes de son projet d’urbanité à partir de ses traditions et connaissances, de l’écoute et la ré interprétation d’autres expériences.
- repérage d’archétypes, caractéristiques d’images : l’étude des caractéristiques du paysage, du patrimoine bâti, des éléments traditionnels de l’aménagement (parcellaire, tracés, repérages, volumes types du bâti, ordonnancements, …) devait permettre la définition d’archétypes, éléments d’un vocabulaire architectonique pour la conception et la conduite des divers projets. Au hasard des marches et des perspectives, tel détail de linteau, tel rythme de modénature nous font connaître et nous rappellent que nous situons ici, en cet espace singulier, en cette ville-ci dont nous partageons et renouvelons l’activité, la symbolique et le projet.
- Secrétariat multimédia en gare de Mouchard (en collaboration avec le Centre International du Futur à Arc-et-Senans), à l’usage des entreprises : possibilité d’organiser des réunions de travail directement en gare, à l’arrivée des TGV et trains rapides. Ce secrétariat devait permettre l’accueil des fonctions de base pour l’organisation de telles réunions ; avec le renfort d’un réseau local de prestataires de service pouvant intervenir à la demande.
- navette intercommunale : un ou deux petits véhicules de huit à dix places destinés à assurer une relation régulière entre les différents villages (les possibilités actuelles relèvent uniquement de la voiture individuelle). Ce service de transport de personnes aurait été complété par un service de messagerie. Pour des raisons de rentabilité et de qualité du service, cette navette aurait pu assurer également la desserte de communes périphériques.
- espace urbain central à Mouchard : il s’agissait d’engager un réaménagement progressif du centre de Mouchard avec, principalement, la restructuration d’une grand’place regroupant l’église, les écoles, une ouverture sur l’ancien Lycée national du Bois et la création d’une Maison du Bois. Ce projet comprenait l’étude d’une liaison piétonne directe avec la gare de Mouchard et l’aménagement d’une halte de la navette intercommunale (l’ancien Lycée du Bois est occupé aujourd’hui par la Fédération compagnonnique des Métiers du Bâtiment qui en a entrepris une réhabilitation complète). Dans la perspective intercommunale qui présidait à ces travaux et pour exprimer une des fonctions symboliques du projet, était proposée la réhabilitation des fontaines de Mouchard et Quingey, (communes représentant les deux « portes » de la ville à venir). En écho à la Maison du Bois à Mouchard, était envisagée la création à Quingey d’une Maison de l’Eau, (maison-pont sur un canal de dérivation de la Loue).
- grand’place à Liesle : réaménagement d’une remarquable place centrale actuellement laminée et crucifiée par une large étendue d’asphalte et le passage d’une voie routière. Il était proposé de rétablir une continuité urbaine de qualité entre l’école, la poste, les petits commerces ouverts sur la place, l’église et son presbytère, la mairie ainsi qu’un magnifique lavoir du XVIIIème siècle. Les premières analyses mettaient en évidence la possibilité de concevoir un aménagement double avec une grand’place et une petite place contiguë sur le modèle de la piazza italienne (Sienne par exemple). La relative disponibilité d’espace permettait d’attribuer à cet ensemble une fonction de service renforcée pour la navette intercommunale : « terminal », garage-entretien, gestion du réseau, etc. Egalement envisagée, la création d’un petit marché forain d’intérêt local et micro régional.
- Création de vergers municipaux : établissement, sur quelques sites favorables, de vergers-conservatoires d’espèces locales (ainsi que d’autres espèces adaptées aux conditions climatiques). Ces vergers seraient espaces de formation et d’apprentissage pour l’acquisition de connaissances pratiques en matière d’horticulture, de soins et de traitements, de conditionnement et de valorisation des récoltes. Ils seraient également des éléments spécifiques du traitement paysager de l’ensemble du site.
- La « Fête en Bois » : proposée initialement au plan intercommunal, cette Fête est aujourd’hui organisée et animée par la seule municipalité de Mouchard. La participation de la Fédération compagnonnique des Métiers du Bâtiment apportera un regain d’animation et de notoriété. Cette fête biennale a vocation à illustrer et valoriser les divers aspects industriels, économiques, symboliques du bois, des métiers et traditions qui lui correspondent. Elle jouera un rôle important dans l’affirmation d’une identité urbaine, le bois devenant, le temps d’une fête, le temps d’une ville, un élément de référence locale et régionale.
- Orsay-sur-Loue !… Avant les élections municipales de 89, les maires de Mouchard et Orsay s’étaient rencontrés à Mouchard. Nous avions fait le tour des équipements et bu ensemble un « Côte du Jura 86 » ! Nous devions nous retrouver à Orsay (Orsay-sur-Yvette / Vallée de Chevreuse, commune du sud-ouest parisien, à trente minutes de Paris par le RER). Rencontres dans la perspective d’un jumelage qui devait correspondre à l’établissement d’une coopération technique, économique et culturelle. Un secteur urbain riche d’activités de très haut niveau technologique établissant des relations de solidarité avec un site qui s’engage dans de nouveaux développements ; par le câble les échanges d’information, les services à distance, les voies de recherche et les apports techniques en temps réel ; par le TGV une approche rapide de chacun des sites, le plaisir des rencontres. Deux opérateurs s’interpellent et dialoguent à distance, ils partagent et amplifient des flux d’informations au travers de leurs écrans, ordinateurs et imprimantes ; ils ont en tête les images et le souvenir récents d’une fête, d’un paysage familier, d’une balade à skis de fond, d’une vénérable bouteille de vin jaune.

Les solidarités entre divers pôles urbains ne peuvent être réduites à de simples « transferts de fonds », perspective médiocre et limitée qui prête à quelques dérives et pertes en ligne. Apports et échanges volontaires de travail, compétence et talents des équipes qui travaillent à un projet de développement commun, constituent la base de nouvelles solidarités territoriales. Fonder une ville de nouvelle mesure, c’est œuvrer ensemble à l’efficacité et à la solidarité active de réseaux de connivence multiples.



Les Municipales de 89.

UNE CONFERENCE Intercommunale pour la Création d’Activités et la Maîtrise de l’Environnement (CICAME) s’est mise à l’œuvre au cours des deux années précédant les Municipales de 89. Elle réunissait maires et adjoints de six communes intéressées par notre projet. Chaque décision de cette Conférence, structure sans budget propre, devait être approuvée par chaque Conseil municipal. C’était une bonne méthode pour un travail de première approche. Les décisions définitives et engagements de financement correspondants furent reportés après les élections. Le programme portait principalement sur les thèmes énoncés ci-dessus en phase III. Des propositions plus spécifiques ont été esquissées par des partenaires élus de la CICAME, dont une réflexion à propos de la réhabilitation de la vigne et la remise en œuvre d’une production vinicole locale engagée à l’initiative du maire de Liesle.

Au printemps 89, pour diverses raisons, trois des communes concernées –dont deux des plus importantes – ont changé d’équipe municipale. En politique ordinaire, ce que l’un propose a vocation à être nécessairement dénoncé et défait par celui qui l’a « battu aux élections », … quoiqu’il en soit de la nature et des caractéristiques des projets engagés. Seule la commune de Mouchard est restée proche des hypothèses initiales. Elle s’est engagée efficacement depuis dans d’autres approches intercommunales impliquant de nouveaux partenaires.














3.

UTOPIE ET POUVOIRS


POUR FONDER une ville, découvrir puis réunir les acteurs authentiques d’un rapport actuel et actif à l’histoire, un rapport qui n’est plus d’intimidation mais d’initiale ferveur. A la mesure de nos interventions, reprendre et poursuivre ce qui est engagé depuis les commencements, la recherche des plus fortes émergences de la vie, le respect de ses exigences multiples.

Au temps où les hiérarchies sacrées ou laïques avaient encore un sens communément reconnu, le Prince seul ou l’Etat fondait la ville ; c’était là un acte de foi dans les temps à venir. C’est maintenant aux simples citoyens de prendre le relais, - simples citoyens habités par une pensée prospective, une volonté assurée un besoin de fantaisie et de hardiesse qui tranchent sur le morne laisser-aller.




Des citadins-citoyens pleinement
Auteurs et acteurs de leur projet d’urbanité

FONDER une ville, c’est exprimer et affirmer une volonté civique commune, ressaisie et restaurée. Civique et non civile. Dans « civile » perdure le refus de reconnaître la volonté et la responsabilité politique qui nous habitent. Avec « civile », d’anciens privilèges demeurent : aux seuls grands prêtres l’information, l’autorité et la puissance.

La fondation de la ville de nouvelle mesure s’inspire du travail et des rituels des maçons et artisans : une pierre puis dix ; un mur puis vingt et cent, toujours en perspective. Dans le sage écoulement des jours, la discipline du temps, faire ensemble et en prendre le temps. « Le projet urbain est inscrit dans la durée. Enraciné dans les œuvres comme dans les échecs de l’histoire des hommes et des civilisations, il est porteur de promesses et de messages » (Charte pour une ville – Octobre 83). Le temps constitue un matériau de construction de la ville, le projet urbain reste nécessairement inscrit dans la durée et la variété des péripéties.

Situation nouvelle, nous percevons aujourd’hui les stimuli les plus ténus d’une information en temps réel sur tout ce qui vit, bouge entreprend, s’active ou guerroie ici et là. Dans le même temps, nous relevons de la longue trace de l’histoire des lieux et des hommes. Nos projets relèvent de deux échelles de temps nécessairement imbriquées : celle des acteurs, l’œuvre d’une vie ; celle de la ville, une parcelle infime du long déroulement de son histoire, des passages de relais successifs. Il fut y appliquer des espérances fortes.

Fonder une ville de nouvelle mesure suppose nécessairement l’invention de nouvelles images d’une part, l’adhésion à la réalité d’un site d’autre part. œuvrer à l’émergence d’une ville, c’est parvenir à de nouvelles relations entre le site et les territoires voisins, à une réalité nouvelle du lieu, de ses habitants et de tous ceux qui passent, reviennent, échangent à distance ou progressivement s’installent. cette gestion tranquille du temps est propice aux procédures de formation, apprentissage, qualification, création et débat. Elle constitue un facteur favorable à la pleine expression des divers acteurs. Comment passer d’une démarche plus spécifiquement thématique et culturelle à des actes qui expriment la réalité quotidienne et les désirs des gens de ce lieu-là, alors même que les travaux mis en œuvre en modifieront nécessairement le cours ? comment lier les images d’un certain futur urbain et les actes d’une société présente ? toutes ces questions concernent la ville et autre chose que la ville … La ville n’est pas un facteur suffisant de liberté, d’imagination et de création. Sa commodité peut faire l’objet du meilleur et du pire. Elle peut être aussi bien stimulante, ouverte et libre, qu’oppressive, concentrationnaire et totalitaire.

L’accord sur les principes et les images d’une certaine culture urbaine précède l’acte fondateur. Par tradition, par héritage culturel, cette démarche relève de l’utopie, la logique utopique devant être nécessairement rapportée à des logiques culturelles, politiques et sociales concrètes.





De quelle utopie s’agit-il ?

LA VILLE de nouvelle mesure est considérée dans la perspective d’une utopie renouvelée. Nous avons appris le temps ; il n’existe plus jamais de « page blanche » mais des continuités, des filiations de temps et d’histoire. nous avons appris l’espace, les complexités de cet espace et les limites de notre planète ; impossible de se réfugier sur son îlot ou dans sa tour d’ivoire, à l’abri des troubles du temps. Nous avons appris le respect nécessaire de la diversité des opinions, des convictions et des croyances. Il reste à toujours rêver, imaginer, inventer et agir. Nous avons besoin de projets neufs.

L’utopie n’est plus ce qu’elle était ; la pratique du gouvernement de la Cité non plus.

La description de modèles de cités t de gouvernements correspondant à des conditions parfaites (ou aussi parfaites que possible) de vie en société est à la source de l’utopie classique. L’inspiration est de caractère philanthropique. L’utopie vise au bien commun.

Le plus souvent – à tort ou à raison – elle a été comprise comme l’expression de modèles qu’il s’agirait d’établir en systèmes exclusifs de gouvernement, quitte à bâillonner ou fusiller ceux qui seraient tentés de résister à cette mise en harmonie généreuse et bienfaisante. L’exercice philosophique devient pratique concentrationnaire.

Les termes de l’utopie se sont trouvés progressivement inversés. Il n’est plus question de préceptes ni de propositions fortes, mais d’une vague série de pratiques d’apparence banale qui, doucereusement et sans même que cela semble relever d’une intention, ont littéralement imbibé les divers aspects de notre vie quotidienne. L’utopie a quitté le Gouvernement pour gouverner nos pratiques individuelles et sociales au jour le jour. L’uniformité des comportements, la mise au diapason de nos émotions et de nos pulsions les plus intimes sont désormais le fait quotidien de sociétés ultra banalisées, uniformisées, surinformées, sur-matérialistes, sur-consommatrices et égoïstes. Tous ensemble par ici, tous ensemble par là, vers les mêmes lieux aux mêmes moments par les mêmes accès, vous aurez peut-être une chance d’être reconnu. Tels seraient désormais les principes du bien public : repus, riches, capables un beau jour de s’offrir une super-bagnole et une console up to date.

Le mouvement accéléré des sociétés contemporaines appelle le passage à un autre état de projets collectifs et à une autre conduite de ces projets. Nouvelle utopie ? nouvelles réalités ? il serait « utopique » aujourd’hui, au mauvais sens du terme, de prolonger purement et simplement les tendances d’un développement fondé sur une répartition et une utilisation injuste des richesses, l’établissement dans les pays riches de dramatiques poches de pauvreté et d’exclusion, sur l’insouciance absolue par rapport au respect des ressources naturelles et des conditions d’environnement qui, dans dix, quinze, quarante ans seront celles de nos proches descendants.

Ce ne sont ni les mêmes villes, ni les mêmes territoires qui permettront d’appliquer les modèles économiques, politiques, culturels et spirituels inédits qui s’avèrent maintenant nécessaires à la survie et à l’équilibre de nos sociétés. A moins de prétendre une nouvelle fois à l’universalité, la réflexion sur de nouveaux modes de gouvernement implique une réflexion conjointe sur un aménagement autrement et une organisation autre des territoires. A moins de prendre le risque d’un repli stérile dans des espaces protégés des troubles du temps, les acteurs de ces réflexions et de ces travaux se tiennent simultanément à l’écoute et dans la volonté de compréhension d’autres équipes, d’autres projets. Il ne s’agit plus de systèmes abstraits. « dans la ville, l’homme a son visage singulier : mon voisin, mon amie de la maison d’en face Et il me faut les recevoir, eux et leur interpellation inquiète, - leur espérance aussi » (pour une ville – Novembre 75). Faire et progresser ensemble suppose à la fois l’identification et la défense d’un fond commun de convictions partagées, l’intime compréhension et le respect des différences. « La ville est espace de projets divers, voire conflictuels. Elle privilégie l’expérience multiforme de toutes les vocations et aptitudes. Champ d’expression de volontés partagées, elle témoigne du respect des différences » (Charte pour une ville – octobre 83). La ville n’est pas l’espace de « telle solution ». la politique c’est l’organisation du rapport de l’un à l’autre, des uns aux autres ; la ville de nouvelle mesure, c’est la même chose, mais dans un espace délimité et à la confluence de réseaux multiples.

La ville de nouvelle mesure ouvre les espaces concrets de nouveaux échanges. Dans le débat empreint d’urbanité, il est de règle que 50,1% des suffrages exprimés ne l’emportent pas nécessairement sur les 49,9% restants. Une utopie renouvelée revendique des pratiques non-violentes fondées sur la reconnaissance claire et aimable de nouveaux pouvoirs et de nouveaux actes de gouvernement : « toute initiative, toute intuition peut être reconnue comme constitutive du projet urbain sans qu’elle exprime pour autant une volonté majoritaire ; cela suppose un principe de règlement non-violent des oppositions, affrontements ou conflits et des procédures convenues d’arbitrage au sein même de la communauté, sous sa responsabilité et sous sa garantie de respect par les parties ». (Charte pour une ville – octobre 83).

Le réel contemporain nous présente un bien pâle reflet des développements et progrès de nos sociétés ! … Au quotidien, de terrifiantes images nous parviennent ; conflits, exclusions, famines, autant de tragédies et de drames soutenus ou tolérés au nom d’un certain réalisme. De quelle utopie s’agit-il ? Où est l’utopie ?





Une organisation en réseau, en convergence avec des
réseaux multiples, des groupes et sociétés multiples.


LA VILLE est rassemblement en un lieu choisi. Elle constitue un espace d’affrontement et de recherche de nouveaux équilibres par rapport à un territoire déterminé et ses réseaux de rattachement dans toutes leurs dimensions physiques, historiques, géographiques, politiques, économiques et symboliques. Embarquée dans les courants de son temps, la ville éclate, s’anime et se transforme à la mesure des changements du monde. La ville est située – ici et maintenant – mais elle est traversée et irriguée par d’incessants va-et-vient de nomades physiques ou virtuels porteurs d’informations. telle est sa fonction urbaine traditionnelle, renforcée aujourd’hui par les performances nouvelles des divers modes de communication. Nous pouvons désormais « circuler dans une ville pour aller chercher de l’information ou faire circuler des électrons dans des fils, afin d’émettre et de recevoir des messages » (pour une ville – Rencontre avec Joël de Rosnay – octobre 88).

« la place du village autrefois, le champ de foire, constituaient des centres d’émission et réception de messages « à portée de voix ». Les équipements villageois et les savoir locaux permettaient de satisfaire aux attentes d’une vile sociale centrée sur les lieux de culte, la mairie, les commerces, les écoles. Le cycle des saisons marquait les rythmes de la vie quotidienne dans un espace délimité, à peine entr’ouvert sinon clos sur le monde » (Michel Herrou). Aujourd’hui, nos territoires sont tous d’essence urbaine. Par le TGV, l’avion, le téléphone, l’accès aux banques de données (avec toutefois des limites liées aux coûts), les lieux de notre vie quotidienne débordent les limites de l’habitat, chaque espace d’activité peut être mis en relation avec l’ensemble du monde. Mais le risque de relations purement instrumentales en rupture par rapport à une relation sensuelle et sensible avec le monde demeure : « Ce serait l’illusion technologique poussée à sa limite (…) La ville doit permettre la convivialité des relations individuelles (…) La ville doit bien intégrer le progrès technologique, mais pour mieux évoluer vers le développement des relations humaines » (pour une ville – Rencontre avec Joël de Rosnay).

La qualité et l’efficacité de l’aménagement des territoires appelaient jusqu’à présent de fortes densités d’occupation des sites. Les performances des nouveaux modes de communication permettent, dans une certaine mesure, de déconcentrer les modèles classiques d’organisation des villes, tout en renforçant, fait urbain majeur, l’intensité et la qualité des échanges. Nous continuons à vivre et à fonctionner dans des villes vieilles de deux mille ans, dessinées et conçues en fonction d’espaces à franchir et selon des parcours de durée déterminée. Sommes-nous capables d’imaginer et assurer un passage maîtrisé de la ville des interrelations à la ville des interfaces ?

Les capacités de performance de la ville de nouvelle mesure supposent un accès en temps réel aux divers pôles de son réseau et aux multiples sources de l’information qui se trouvent aujourd’hui accessibles à des échelles multirégionales et mondiales. Elle procède simultanément de quatre niveaux d’émission, réception et traitement des messages :
- sur le site proprement dit, le réseau des petites unités d’activité : sa moindre concentration urbaine ne correspond pas, pour autant, à une dilution étale sur le territoire. Les divers pôles de ce réseau présentent des densités fortes ou très fortes. Pour les ateliers et entreprises, l’échelle de référence est celle de la PME. Les collectivités territoriales concernées édictent les dispositions communes qui interdisent à court, moyen et long terme une urbanisation « en tache d’huile ».
- le réseau des villes et territoires voisins : il reste déterminant quant aux principaux choix d’activité et d’organisation. il imprime à la ville « un style », fixe les termes essentiels de son identité, de sa substance.
- à une échelle plus large, le réseau des villes et territoires d’Europe contribue également aux facteurs d’identité.
- le réseau planétaire enfin, pour le meilleur et pour le pire, fixe des solidarités et dépendances que tout projet de nouvelles urbanités doit prendre en compte.

La ville de nouvelle mesure n’est plus située en position hiérarchique dominante par rapport à sa zone d’influence : elle assure une fonction modératrice par rapport à un plus vaste territoire. L’organisation et le développement des villes et des territoires ne sont plus considérés à l’échelle d’aires géographiques politiquement et administrativement délimitées, mais dans la perspective de superpositions et interconnexions variables dans le temps, de l’interpénétration de réseaux de très haut niveau de complexité ; leur richesse et leur efficacité culturelle, politique, sociale, économique et industrielle croissent à raison même de ce degré de complexité.







Une rencontre féconde entre
deux programmes.


LA FONDATION d’une ville de nouvelle mesure relève très précisément de la rencontre féconde entre deux programmes : le programme des gens du lieu avec leurs us et coutumes, leurs savoir-faire, leur connaissance du patrimoine local, - il sera ré identifié et réactivé ; le programme d’une équipe extérieure venue présenter l’image d’un futur urbain et en proposer une traduction concrète adaptée au site, - il fera l’objet d’une relecture commune.

Attention, ce principe comporte sa propre contradiction ! la fécondité de la rencontre implique un pari sur la disponibilité et la générosité des hommes et des équipes en présence. Cela existe. Il arrive aussi qu’on bute sur l’incompréhension, les expressions diverses d’une connerie farouche ou le confort de situations acquises, qu’elles soient le fait du petit propriétaire souverain sur sa parcelle ou du notable local maître de ses réseaux d’influence soigneusement câlinés.

Fonder une ville suppose un réel engagement des gens du lieu pour une nouvelle organisation de leur site. Le choix d’une gestion « en père peinard », à l’écart des conflits et des débauches du temps reste possible, mais il faut savoir qu’il n’y a plus d’alternative possible aujourd’hui entre des projets neufs et le déclin. C’est l’un ou l’autre. on ne conserve plus.

Fonder une ville, c’est mettre en mouvement une collectivité locale soucieuse de fidélité à la société de son temps. La très grande variabilité d’espace et de temps qui caractérise la ville de nouvelle mesure appelle simultanément une affirmation forte des valeurs du site et des gens du lieu. Le programme de l’équipe extérieure n’est pas simple coopération technique ou conseil, mais engagement et volonté de partage des obligations, des tâches et impératifs d’aménagement du site et de l’ensemble des territoires de référence. Nous venons de là-bas, mais nous sommes d’ici aussi. Vous êtes d’ici, oui, mais vous partagez aussi les responsabilités, les contraintes et les espérances de là-bas.














4.

UTOPIE ET ECONOMIE


LA VILLE de nouvelle mesure est une ville d’ondes, câbles, ordinateurs, satellites et antennes plutôt que de magasins ou de silos. Son habileté à gérer des flux d’informations et non plus des stocks de matières premières ou de produits ouvrés, constitue la source principale de ses richesses et de son rayonnement. Le choix d’un site de fondation urbaine ne dépend plus de la présence de gisements naturels ou de la commodité d’accès pour des transports lourds.

La ville de nouvelle mesure ne peut être détachée de l’activité économique générale. Elle doit demeurer concurrentielle et constituer un centre de profit performant. Comme pour toute entreprise, la plus grande attention est portée à l’efficacité de ses productions, à l’analyse de ses marchés, aux conditions de son management, à ses caractéristiques d’image : réalité économique intégrée, gestion stricte et non projet mythique.





Une perspective globale d’économie de moyens

LA FONDATION et les développements à venir de la ville de nouvelle mesure sont considérés dans une perspective globale d’économie de moyens, - d’une certaine manière et jusqu’à un certain point, dans une perspective de « bricolage ». nous disposons désormais de moyens financiers et matériels réduits ; les contraintes d’environnement doivent faire l’objet d’une attention vigilante ; il faut faire preuve d’autant plus d’imagination, d’intelligence et de détermination.

Le principe général de respect et de valorisation de la société locale porte prioritairement effet sur la création d’activités venues des gens du lieu et sur la reprise d’activités existantes. Des analyses précises permettent de dresser un bilan préalable des raisons du succès ou du déclin des entreprises présentes sur le site. Il ne faut pas hésiter à renoncer à des secteurs définitivement condamnés ou trop difficiles à « remettre en selle ». dès la première création d’activités, la compétence et la qualification des acteurs locaux, l’image de leurs entreprises, la qualité de leurs productions sont renforcées et mises en valeur : cycles de formation, services qualifiés de conseil, expertise et assistance technique, stratégies de développement et actions marketing,… Cette « relance » de l’économie locale comprend la valorisation d’activités correspondant à la volonté d’une certaine autonomie : « La recherche de divers niveaux d’autonomie permet de renouer avec des traditions d’entraide ou de partage aujourd’hui occultées ou anéanties du fait de la stricte dépendance à l’égard de produits, machines et services très spécialisés, volontairement rendus indéchiffrables. Elle procède, par paliers, de la quasi autonomie de certaines productions alimentaires ou énergétiques au nécessaire accès à des marchés de plus grande amplitude. Elle suppose l’adhésion à un principe d’obligations communautaires ». (Charte pour une ville – Octobre 83).

La prospérité économique de la ville implique simultanément un apport d’entrepreneurs venus de l’extérieur. « Il faut faire preuve d’imagination, d’obstination, de vertus d’accueil et tenir à disposition les résultats d’études aussi complètes que possible : points forts, points faibles, potentiels, premières recommandations quant aux moyens humains, techniques, financiers, aux programmes de formation, aux actions de marketing et politiques d’image, … » (Jacques de Courson). Ces études, aussi précises soient-elles, comportent toujours une part d’incertitude : « il n’y a aucune possibilité « d’assurance tous risques » ; il s’agit d’éliminer ou maîtriser ceux qui peuvent l’être, de limiter et contrôler ceux qui subsistent et se préparer à faire face, vaille que vaille, aux imprévus. Le succès, s’il advient, relèvera d’un long processus qui intègre les réussites, les échecs et les réinterprétations continues en fonction de la situation toujours remise en cause de l’entreprise.

La création de nouvelles activités n’est pas seulement affaire d’enquêtes, de logiciels performants et de sciences humaines, mais d’hommes aussi, ceux de l’invention et du risque pris, comme ceux de la gestion stricte et de la conservation.

Le réalisme économique de la ville de nouvelle mesure et son efficacité relèvent de trois principes complémentaires de conception et d’intervention : la ville est espace de communication, espace de qualité de ses productions et services, espace de nouvelles solidarités.





La ville de nouvelle mesure est
espace de communication


LA VILLE de nouvelle mesure apparaît comme la ville des nouvelles proximités. Elle use pleinement de la performance des modes de communication contemporains. Ses espaces, ses foyers d’émission : réception de messages permettent aux acteurs du projet urbain d’exprimer les créations, productions et manifestes dont ils sont spécifiquement et décidément porteurs. L’efficacité et le rayonnement de la ville de nouvelle mesure procèdent de la multiplicité d’interconnexions renouvelées ; elle ne connaît d’autre territoire que celui, indéfini, des déploiements / redéploiements qu’elles permettent d’exercer.

Les échanges en temps réel entre les divers centres d’activité de la ville d’une part, la ville et les pôles extérieurs d’autre part, présentent des possibilités renouvelées.

Il en est ainsi des procédures et programmes établis entre centres d’étude et de recherche, entreprises, espaces d’activités sociales ou culturelles et établissements d’enseignement qui trouvent dans la ville de nouvelle mesure un champ de nouvelles pédagogies, … « ces centres de réflexion et de spéculation ne sont plus compris comme les lieux clos d'en savoir transmis, mais comme champs d'invention ouverts, immédiatement reliés à la ville et à ses activités, toujours disponibles pour l'élaboration et la mise au net des réponses aux questions indéfiniment posées par les divers centres de rencontre et de décision de la Cité" (pour une ville – Novembre 75). Il en est de même pour les jumelages entre divers sites.

L’organisation en réseau de petites unités trouve ici sa pleine signification. A un certain moment, en vue d’une production ou d’un ensemble de productions répondant à une commande ou un marché déterminés, quelques unités de ce réseau décident la mise en commun de leurs capacités de conception, fabrication et diffusion ; elles définissent les montages financiers correspondants et en prennent conjointement le risque. Pour répondre à d’autres types de commandes, faire face à de nouvelles concurrences, à la disparition ou à la réorganisation de l’un ou l’autre des centres d’activité, pour profiter de la création de nouvelles entreprises sur le site, ces mêmes unités ou une partie d’entre elles peuvent, pour un certain temps à nouveau, intervenir dans le cadre de nouvelles configurations. S’il y a lieu, ces montages intègrent occasionnellement ou de façon plus permanente des unités d’activité extérieures a

Claude Tréhin le 2006-08-24
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