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Panorama :
Nous regroupons ici, en « panorama », des textes qui ont été établis et diffusés tout au long de l’histoire du projet « pour une ville ».
Ces contributions au fil du temps des acteurs et partenaires du projet,- propositions, comptes-rendus, brochures ou extraits de brochures, appels, notes de synthèse, rencontres,…nous semblent significatifs aujourd’hui des divers temps de notre démarche, des évolutions de notre pensée et de notre action,…quitte à ce que les principes fondateurs en demeurent intangibles !
Des propositions initiales de novembre 75, aux appels à contribution d’aujourd’hui en passant par la Charte d’octobre 83, ou notre publication « pour une ville de nouvelle mesure » de novembre 94, la part d’écriture « pour une ville » a été et reste importante.
A ce point de nos travaux, ces textes constituent des matériaux essentiels pour l’invention , l’expression partagée et progressive d’une « utopie renouvelée » applicable à la fondation d’une ville de nouvelle mesure.
Ils composeront une base efficace pour nos échanges à venir, notamment sur notre site www.pouruneville.com


3 – une note de réflexion sur le temps

Tour à tour haïe et idolâtrée, rejetée et désirée, la ville est tout à la fois le lieu où l’on perd son temps et où on l’utilise au maximum.

Les foules parcourent en tous sens les grandes artères de la ville, se précipitent dans les moyens de transport, s’engouffrent dans les grands magasins et les bureaux sous le regard narquois des cadrans et des horloges.

Le temps dans la ville, c’est tout d’abord la course de chacun de nous derrière le temps en fuite. Il nous propose une multitude d’activités que nous ne pouvons exercer faute de « temps », d’où frustrations, fatigues et énervement.

Et pourtant, lorsque surgissent au détour d’une rue, les tours de Notre Dame, la masse du Colisée ou le Cour Mirabeau, le temps apparaît sous son autre aspect, immuable et éternel. Le temps subjectif, hétérogène, jaillissant laisse la place au temps objectif, continu, inchangé.

Nul autre endroit que la ville n’est plus propice à l’insolent paradoxe du temps. Comme le temps et l’espace, le temps et la ville est un couple infernal. Le temps naît avec la ville, il s’incarne dans la ville qui semble le dompter ; mais la domination est éphémère. La ville du 20ème siècle éclate, ne contrôle plus sa croissance et le temps semble reprendre sa liberté.

1 - Du temps inconnu au temps révélé

Objectivement, le temps est un phénomène abstrait et continu. C’est d’après Kent, une forme a priori de la sensibilité. S’il n’a pas d’existence véritable, il ne résulte pas non plus de notre seule expérience. Comme tel, il reste imperceptible à l’humanité tout au long de la préhistoire.

Puis il surgit dans la conscience de l’Homme lorsque celui-ci réalise son unicité et lorsque le projet du groupe devient projet de chacun des individus qui le composent. Alors que l’individu perçoit l’avenir, condition du prolongement de ses actes et donc condition d’établissement de ses projets, il prend conscience du passé et ses souvenirs informes s’ordonnent pour devenir mémoire. L’instant qui prend forme pour devenir Présent va s’inscrire dans un Espace et cet espace, c’est la ville, la cité grecque du 5ème siècle avant J.C. où se retrouvent tous les hommes qui, délivrés des tâches primaires et répétitives de la terre, confrontent les uns avec les autres leurs projets.

La cité, espace de liberté par excellence réservé à l’élite est la condition spatiale du projet humain. Elle donne d’ailleurs naissance aux 5 et 4ème siècles avant J-C aux premiers discours sur le temps à travers Hérodote pour la mémoire et l’histoire et Aristote pour la consistance philosophique du temps.

Dès lors, le temps est avant tout un phénomène urbain : subordonné à la diversité et à l’intensité des projets et au dynamisme social qu’ils provoquent, le temps est discontinu, subjectif et apparaît sous forme de cascades de temps forts et de temps faibles.

Dans la ville romaine d’abord, la ville arabe ensuite (Damas, Bagdad, Fez, Le Caire), la ville occidentale enfin (Florence, Venise, Gênes, Toulouse, Bruges, Gand, Anvers), les activités se diversifient et se multiplient au point qu’il devient nécessaire d’organiser le temps. Les corporations d’artisans et de commerçants de Bagdad et de Fez comme celles de Florence ou de Bruges réglementent le temps de travail des maîtres et ouvriers. Dans l’empire musulman comme dans l’Europe occidentale, le temps urbain est savamment quadrillé dans un réseau de fêtes religieuses, de commémorations et de carnavals de toutes sortes.

Alors que le temps rural est imposé par la nature et les récoltes, le temps urbain est choisi, organisé, découpé en fonction des multiples activités. La ville, surtout la ville occidentale, est jalonnée par les symboles du temps, cloches des églises, minarets des mosquées, cadrans solaires, crieurs de nuit, carillons, horloges et surtout beffrois qui manifestent dans les villes de Flandres l’homogénéité des citadins face aux masses rurales inorganisées.

L’organisation du temps présent et l’aménagement de l’avenir sont très étroitement liés à la commémoration du passé. La ville est, par excellence, le lieu où il est possible de rassembler aisément le plus d’individus pour commémorer les événements importants et pour célébrer par un retour aux sources, son unité. Les célèbres joutes byzantines et italiennes au Moyen Age ainsi que les grandes fêtes religieuses sont pour la ville autant de prétextes à travers une cérémonie traditionnelle et rituelle à faire sentir aux vivants le poids du passé.

De plus, la cérémonie exige au fur et à mesure la délimitation d’un lieu et l’aménagement d’un espace qui prend forme architecturale et devient monument à usage collectif. La ville accumule les témoins du passé et finit parfois par s’identifier à eux tels Athènes et le Parthénon, Venise et Saint Marc, Rome et la Basilique Saint Pierre, Prague et le Hradcany, Istanbul et Sainte Sophie.

A l’aube de la révolution industrielle, la ville est symbole de liberté et de civilisation où le temps est tout à la fois célébré et dominé et où apparaissent des types humains spécifiquement urbains et dont le comportement est directement fonction de l’influence du temps tels les flâneurs, les badauds, les oisifs, les promeneurs.

C’est un havre de paix dont on ressent le désir et dont on goûte d’autant plus l’inaccessibilité qu’il est réservé à la minorité non mâle de la population.

Puis, au 19ème siècle, les masses rurales émigrent et l’équilibre est rompu.

II.Du temps capturé au temps insaisissable

De 1850 à l’époque actuelle, les différentes révolutions industrielles vident les campagnes et remplissent démesurément les villes. La ville n’est plus en luxe ; elle est devenue une nécessité et parfois même un enfer.

La démultiplication, sans précédent dans l’histoire de ses activités, appelle l’homme dans toutes les directions Tandis que la journée du citadin médiéval est équitablement répartie entre le travail, la prière, les loisirs et le repos, avec une très nette et très sage conscience de ses limites temporelles, la journée du citadin moderne, hantée par d’impossibles buts, est tiraillée entre d’interminables migrations, des tâches souvent rébarbatives et des contraintes matérielles de plus en plus nombreuses. Le temps n’est plus la condition ou le cadre d’un projet humain, et en devient l’obstacle majeur parce que sa fuite en avant le rend de plus en plus inaccessible.

A l’inverse, pour les gens sans emploi (chômeurs, retraités) il se dilate dans l’ennui et l’inaction ou se détraque dans l’attente obsessionnelle d’une activité.

Parallèlement, la ville supporte de plus en plus mal la présence du passé. Le Paris haussmannien a détruit le Paris médiéval comme s’il voulait extraire de sa mémoire un témoin du temps. La ville nouvelle type Cergy Pontoise ou Evry est une ville sans origines, peuplée le plus souvent de déracinés. Le paroxysme est atteint dans la ville américaine obsédée par son vide historique et avide de témoins du passé qu’elle peut glaner ça et là (cloîtres médiévaux, musées de peintures)

En conséquence, face à un avenir de plus en plus difficile à organiser et à planifier et à un passé de plus en plus méconnu et ignoré, le présent est insaisissable à l’image de cette masse d’informations dont le citadin est accablé à tout instant et qu’il est de plus en plus incapable de traiter et donc de dominer.

Qu’il soit en fuite ou qu’il s’impose comme une obsession, le temps, insaisissable, semble en définitive imposer sa tyrannie.



Anonyme  le 2006-09-10
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