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Panorama :
Nous regroupons ici, en « panorama », des textes qui ont été établis et diffusés tout au long de l’histoire du projet « pour une ville ».
Ces contributions au fil du temps des acteurs et partenaires du projet,- propositions, comptes-rendus, brochures ou extraits de brochures, appels, notes de synthèse, rencontres,…nous semblent significatifs aujourd’hui des divers temps de notre démarche, des évolutions de notre pensée et de notre action,…quitte à ce que les principes fondateurs en demeurent intangibles !
Des propositions initiales de novembre 75, aux appels à contribution d’aujourd’hui en passant par la Charte d’octobre 83, ou notre publication « pour une ville de nouvelle mesure » de novembre 94, la part d’écriture « pour une ville » a été et reste importante.
A ce point de nos travaux, ces textes constituent des matériaux essentiels pour l’invention , l’expression partagée et progressive d’une « utopie renouvelée » applicable à la fondation d’une ville de nouvelle mesure.
Ils composeront une base efficace pour nos échanges à venir, notamment sur notre site www.pouruneville.com


5 – mars 02 / « les acteurs, cadre bâti et organisation sociale »
• Les acteurs

L’urbain (ou la ville) est incompréhensible sans la prise en compte de ses acteurs, sinon on risque de le réduire à une machine au fonctionnement mécanique. L’urbain est donc produit par des hommes et des femmes.

Le concept d’acteur désigne autant des individus que des groupes qui, en fonction de leur position sociale, négocient de manière permanente leur autonomie et, partant leur identité et leurs projets. Chaque acteur participe ainsi à un réseau considérable d’autres acteurs, dont les relations sont faites autant de coopération que de conflits.

L’urbain implique au moins quatre type d’acteurs :

- l’habitant-usager-citoyen, qui se différencie notamment en homme ou femme, en riche ou pauvre, en jeune ou vieux, etc.
- le professionnel de l’espace (architecte, urbaniste, ingénieur, etc.)
- l’acteur politique (tous les types d’élus, les administrations publiques)
- l’acteur économique (entrepreneurs, propriétaires fonciers, etc.)

Les trois derniers font plutôt partie de la mouvance des rationalisateurs, préoccupés par des valeurs de rentabilité, d’efficacité, de performance, au profit tant de leurs entreprises et administrations que de la société tout entière. Le premier type d’acteur est davantage orienté par des valeurs d’équité, de solidarité, de modération, de paix, sans nécessairement récuser celles de rationalité, pourvu que l’équité et la solidarité, notamment, soient effectivement prises en compte.

Conjoncturellement, ces acteurs façonnent des alliances et donc des compromis.


• Un temps de rupture et d’invention

Nous avons été les acteurs et les spectateurs d’une métamorphose considérable : de la ville à l’urbain. Ce dernier comprend autant des villes que des agglomérations urbaines ou que des métropoles. Environ cinquante pour cent de la population du monde contemporain vit dans l’urbain : quarante pour cent de cette dernière vit dans des agglomérations avoisinant et dépassant le million d’habitants, les métropoles. On en compte quatre cents dans le monde : elles le dominent.

Nous sortons de cette métamorphose et déjà l’urbain manifeste des crises gravissimes qui suscitent un haut-le-cœur. Quelles sont les plus importantes ?

- la crise sociale. les inégalités sociales et les exclusions progressent dramatiquement et s’inscrivent dans l’espace urbain. C’est la ségrégation sociale. elle est une des causes premières des multiples formes de violence – tant du côté des malfrats que de celui des forces de l’ordre – qui crée une insécurité insupportable pour tous les citadins.

- la crise écologique. Sous des formes multiples, elle anéantit la qualité de la vie.

- La crise fonctionnelle. Elle a plusieurs facettes : encombrement, chaos, bruit, laideur, etc. elle rend la communication entre les citadins difficile, voire impossible : elle empêche l’élaboration d’une identité urbaine, de projets urbains ; elle génère des dysfonctionnements.

- La crise politique. La gouvernance remplace la démocratie. Le plus fort et le plus malin dominent. Les autres ne sont que des pions et de moins en moins des citoyens.

- L’’anomie. L’ensemble de ces crises provoque chez nombre de citadins un désarroi considérable. Ils ne sont plus et ne peuvent plus être acteurs. Ils sont manipulés par d’autres. La technocratie les menace.

Temps de crises, oui, mais un futur se dessine en raison de ces crises : c’est donc aussi le temps des innovations et des inventions.


• Un projet social et politique

Nous pouvons le considérer en fonction des cinq crises susmentionnées :

- Réduire les inégalités sociales et les exclusions. Partant, démanteler les diverses formes de ségrégations.
- Promouvoir un développement durable. C’est-à-dire satisfaire les besoins des contemporains sans compromettre la satisfaction de ceux des générations à venir. Dans ce dessein, il convient de produire des richesses selon des principes d’équité et sans détruire l’environnement.
- Rétablir un rapport entre forme et fonction. La beauté n’exclut pas la rationalité ni l’équité.
- La démocratie en tout et partout. Assurer la rencontre entre des dynamiques sociales ascendantes et descendantes. Un travail considérable est à mener pour que la dynamique ascendante (c’est-à-dire celle qui vient du simple citoyen) soit réelle.
- Tous les individus doivent être acteurs.

Ce projet en cinq points constitue une utopie, qui peut néanmoins susciter des actions immédiates hic et nunc. Plus on se lancera dans l’action selon ces cinq points, plus l’utopie se précisera et prendra des formes authentiques.

- Qui sont les acteurs avec lesquels démarrer cette action et élaborer une utopie ?
- Quelles sont les actions à mener en priorité ?
- Quelle forme donner à notre utopie urbaine ?

De notre point de vue, les cinq points de ce projet nécessitent des actions tant sur l’espace que sur le social, ou que sur l’Homme.


• Du global et du long terme, du local et de l’instant

Souvent, l’utopie est considérée comme générale et hors du temps et de l’espace. Rattacher à notre pensée utopique le local et l’immédiat constitue une démarche essentielle. Maintenant, il s’agit d’assurer une cohérence entre ces quatre termes. On peut aussi admettre que cette cohérence se construise progressivement. Il s’agit donc de commencer par :

- Formuler un projet global et à long terme, voire hors du temps et de l’espace.
- En fonction de ce projet, proposer des actions immédiates et les réaliser.
- Evaluer et critiquer soigneusement ces actions.
- Revenir impérativement au projet utopique grâce à cette réflexion. Si nécessaire, le rectifier et préciser l’utopie en fonction de ces actions concrètes évaluées.
- Ne pas nous illusionner, car nous entrons dans un processus sans fin. L’utopie doit constamment être renouvelée.



• Rapport entre cadre bâti et organisation sociale

En simplifiant beaucoup, on peut décrire l’urbain (la ville) comme existant à trois niveaux :

- un premier, accessible à tous ou presque, c’est le cadre bâti ou l’environnement construit et naturel. Bien sur, il est très important et d’une complexité folle.
- Un deuxième niveau correspond aux pratiques sociales ou à l’organisation sociale. il s’agit de l’ensemble des comportements sociaux des citadins qui sont observables ou mesurables, bien que parfois imparfaitement. Notamment ceux des personnes qui se cachent ou sont cachées, qui représentent un nombre non négligeable.
- Un troisième niveau, tout aussi important que les deux premiers, mais souvent plus difficile à saisir. Il s’agit du niveau des représentations, de l’imaginaire, du projet, de l’identité, etc. l’utopie appartient à ce niveau.

Ces trois niveaux sont en interaction permanente et s’influencent mutuellement. Nous devons constamment penser l’urbain en fonction de ces trois niveaux, et surtout ne pas le réduire au cadre bâti.

En outre, ces trois niveaux ont des logiques spécifiques qu’il faut prendre en compte dans leurs interactions : le cadre bâti façonne l’organisation sociale, les pratiques sociales transforment le cadre bâti, qui parfois se réalisent et parfois échouent.

Michel Bassand le 2006-07-02
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