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l'espace :
Nos perceptions des espaces naturels et des espaces urbains sont bouleversées. Les conditions économiques, sociales, politiques, culturelles et spirituelles de notre temps, appellent à l’invention d’une autre ville. Nous proposons l’image d’une ville de nouvelle mesure :
- nouvelle par sa géométrie. Il s’agit de l’organisation systémique d’un territoire plus large que « la ville en son enceinte » ; nous la rapportons à une pratique d’ouverture sur le monde, de respect des impératifs du développement durable et des équilibres de milieux.
- elle sera nouvelle aussi, par les mesures prises pour l’organisation de la vie politique et sociale (cf. thème politique ).

Les appels à contribution qui seront successivement proposés sur le thème "", vous permettront de présenter observations, critiques et suggestions pour l’invention partagée et progressive d’une ville de nouvelle mesure.


appel à contribution :

A propos du territoire
A la rencontre de la géographie, de la sociologie, de l’histoire, de la science politique et de quelques autres, une réactualisation de la notion de territoire s’est opérée depuis une vingtaine d’année. En partie inspirée par les travaux des anthropologues, des ethnologues et plus généralement par le renouveau des théories autour de l’écologie, la réflexion a permis de faire évoluer les représentations classiques qui en avaient été construites, à savoir le substratum, le support, au mieux le théâtre des activités humaines. En particulier s’est développée la notion de territorialité, plus riche et plus dynamique que celle de territoire, qu’à la suite du géographe Claude Raffestin on peut définir comme le « réseau de relations matérielles et immatérielles qui sous-tendent les pratiques du quotidien».
Pour rester dans la perspective –renouvelée- des géographes, quatre dimensions peuvent être présentées, qui permettent d’identifier autant de points d’appuis pour fonder une nouvelle approche du territoire et de son aménagement :
- la notion de système
- la notion d’échelle
- la notion de dynamique spatiale
- la notion de réseau

1.Sortir des déterminismes

Une vision commune (largement admise par la géographie scolaire) à longtemps consisté à trouver dans les facteurs physiques et climatiques les causes premières des réalisations humaines. La difficulté, les limites de ce raisonnement tiennent à la non-prise en compte des éléments d’adaptation des hommes à ces facteurs. Loin d’être permanents et contraints par la « nature » ces éléments disposent d’une autonomie propre liée à la capacité d’invention des hommes, aux capacités intrinsèques des sociétés à jouer des techniques pour produire des objets malgré et grâce à ce qu’on appellera le couple contraintes-ressources. Ainsi, le froid -qui peut être à la fois contrainte et ressource- reste un élément limitant des productions agricoles, mais plus déterminants encore sont les facteurs technologiques, financiers, qui expliquent, par exemple, les localisations des productions alimentaires sur un espace donné. C’est pourquoi il convient de substituer à la façon linéaire d’envisager l’explication de larépartition des activités, une vision systémique, multifactorielle, qui redonne au territoire le rôle éminent de support incontournable, mais élargit ses fonctions bien au delà du facteur premier de ses composantes physiques.

2.Raisonner de façon multi-scalaire

Nous avons du territoire une approche bien souvent limitée à des découpages imposés que l’on considère a priori comme définitifs et absolus. Non seulement il serait ainsi découpé par la nature elle-même (cf point 1), mais, en plus, si l’Histoire les a construits, ce ne serait finalement que pour retrouver la longue durée (Braudel) des temps géologiques. La France était la France avant que d’exister. Sans manquer de respect à ce grand maître, qu’on ne peut d’ailleurs réduite à cette vision, il faut bien dire que toute une tradition nous pousse à rechercher dans tout espace une sorte de puzzle immédiat qui fixerait une fois pour toute les dimensions de nos appartenances. Or, non seulement ces découpages évoluent, mais encore ils ne peuvent se réduire à des espaces délimités par des frontières conventionnelles. D’abord beaucoup d’entre elles sont invisibles, immatérielles ou fondées sur des perceptions individuelles ou collectives, construites de façon très irrationnelles. Mais, surtout, nous appartenons à des espaces emboîtés ; nos territoires familiers doivent s’analyser à plusieurs échelles. Ainsi nous sommes tout à la fois de notre village, de notre région, etc… Mais ces références ne sont pas toujours emboîtées de façons aussi systématiques. Pour tel ou tel aspect, c’est l’échelle proche qui servira de référence, pour telle autre une échelle très éloignée. Par exemple, pour un agriculteur d’aujourd’hui, les deux niveaux d’échelle principaux sont son exploitation et l’Europe, une peu l’échelle départementale, mais peu l’échelle nationale. Autre exemple : telle famille immigrée d’une banlieue peut vivre sur deux échelles également ; la cité, mais aussi le territoire d’origine. On voit bien comme la tension entre les deux, sans espace de référence intermédiaire, peut se traduire par des tensions.

3.Le territoire bouge

Trop longtemps nous avons considérés que les territoires étaient fixés une fois pour toute. Certes, des évolutions sur le temps long étaient admises : l’industrialisation (même si l’on oublie que pour certains espaces la transformation fut radicale), les transports, la révolution agraire, … Mais tout le monde s’accorde à dire que dans les sociétés occidentales tout au moins, une accélération s’est produite qui, dans le temps court, modifie profondément les territoires, en commençant souvent par les espaces qui nous apparaissaient immuables. L’explosion urbaine, qui ne touche pas que les sociétés occidentales, loin s’en faut, est là pour montrer que ces mutations brusques et souvent incontrôlées, traduisent et provoquent des conflits qui touchent au plus profond de la société. Comment réintroduire du lien social alors que le territoire est éclaté et qu’il nefournit pas -par lui-même- du sens au quotidien ? La gestion des territoires, dans la réalité et les mentalités, doit être repensée dans cette dimension temporelle courte. Peut-être en y réintroduisant justement de la durée, en faisant des paris sur l’avenir, en proposant des projets au sens littéral du terme.

4.Des réseaux plus que des juxtapositions de lieux

Les trois éléments précédents induisent un changement de perspective dans l’analyse qu’on peut faire des territoires. Et, même si elle est un peu usée à force d’être utilisée, la notion de réseau rend bien compte de cette nouvelle approche. Les lieux sont reliés les uns aux autres et même si ces liens ne sont pas toujours actifs ou si des conflits viennent interrompre la trame ou le maillage des lieux (pour reprendre les expressions déjà anciennes de Roger Brunet), il n’en demeure pas moins vrai que l’on ne peut échapper à la nécessaire complémentarité et interdépendance des territoires. Ainsi l’opposition tellement classique entre ville et campagne, entre urbain et rural, doit être repensée. Non qu’il faille nier les éléments de différenciation entre ces deux dimensions paysagères, qu’on traduits et produits des moments historiques clairement identifiés, mais on ne saurait réduire l’espace à une opposition entre ces deux réalités et ses deux formes faussement disjointes. De tout temps elles ont entretenu des liens de nécessité réciproques, mais surtout elles tendent toutes deux à s’intégrer dans un espace moins différencié, moins hétérogène dans ses dimensions économiques et sociales, pour ne souligner que ces deux aspects. Il convient donc de « réinventer » des territoires (au sens de Jean Viard), qui vivront à la fois de leurs spécificités (on écrirait dans un autre registre de leurs différences), mais qui assumeront pleinement et librement leur appartenance à un espace mondial, global, forcément « partagé ». Et cela dans les deux sens du terme : à la fois découpé, mais en même temps distribué, dans le respect de la justice et des droits de chacun.

Claude Mercier le 2006-09-30

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