« Le rêve, il faut que
nous puissions croire en cela.
Jamais nous n’en n’avons eu
autant besoin. Je crois que c’est le seul levier
qui nous reste dans le monde dans lequel nous sommes.
Un monde de marasme,
un monde d’effacement
Je crois qu’il faut penser autrement.
Il faut rêver. »
Aimé Césaire / « Le Monde » / 11.12 septembre 1994.


Il reste de bon ton aujourd’hui, de railler l’Utopie, de la considérer avec une indifférence distante… Quelle est notre position commune, nous les pour une ville, par rapport à la notion même d’« Utopie » ? Qu’entendons-nous par « Utopie renouvelée » ? Quels en sont les ressorts, les principaux repères ? A quelles modalités d’application ou d’inspiration, nous référer pour la définition et la mise en œuvre de pratiques sociales et urbaines inédites ?


POUR UNE UTOPIE RENOUVELEE :

En première analyse, quelles relations établissons-nous entre Utopie et Programme politique ? Quels principes pour la fondation d’une ville de nouvelle mesure ?

Avec le Programme politique, nous considérons le nécessaire principe de réalisme économique, technique, financier, historique, humain, électoral,…au sens où il est habituellement entendu et mis en œuvre : « évaluer et analyser les termes conducteurs de la réalité présente avec une rigueur et une objectivité aussi scientifiques que possible. Les travaux quotidiens, les projets, les actes de gouvernement sont établis à raison des résultats acquis. Les développements auxquels ils conduisent, sont limités à quelques extrapolations prudentes. Il est peu fait appel à l’imaginaire ». (cf. « Les deux voies du réalisme » / Congrès International de la FIHUAT- Genève Sept.77 / pour une ville / in Nov.94 - p.6).
Ces choix et définitions passent par toute une série de commissions, synthèses, délégations de pouvoir, mandats, motions bordées de toutes les prudences possibles,…et il s’agit d’être réélu.

Avec l’ Utopie, nous considérons le nécessaire principe du « rêve d’un avenir possible, ou simplement probable, voire aléatoire…( Il s’agit…) d’engager alors tous les moyens qui donnent une chance d’aboutir à la transformation de ce rêve en réalité. Il est fondamentalement fait recours à l’imaginaire. L’Utopie est indispensable en temps de crise, de grands chambardements, de perte des valeurs anciennes » (cf. pour une ville / Nov.94 / p.6). Nous y sommes !...
On aura compris que cette « perte des valeurs anciennes » ne se réfère à aucun conservatisme ; « tous les moyens », exclut évidemment le recours aux goulags et aux poteaux d’exécution de nombre d’utopies contemporaines… Ces moyens sont pour nous ceux d’une démocratie participative, d’une solidarité active, de la transversalité des procédures, de modes de gouvernance reconnus et partagés, de l’économie de moyens (nous avons dit quelque part, « une économie de bricolage »), du respect des équilibres de milieux, de la vie, de la créativité. Et il ne s’agit pas de « lendemains qui chantent », mais de l’ici et maintenant de nos territoires et de nos cités, de nos actions personnelles et nos engagements présents, aujourd’hui, « ici-bas » !... Il s’agit du temps présent, un temps qui cependant reste nécessairement considéré dans la perspective des générations à venir (cf. pour une ville / propositions initiales / Nov.75)

L’Utopie nous apparaît comme un catalyseur, un « moteur d’inférence » stimulant et vivifiant la conduite de nos projets et engagements pour la vie de la Cité.

Utopie et Programme politique sont souvent complémentaires, parfois contradictoires. On ne gère pas une société ou un territoire avec des propositions purement utopiques. On ne peut se satisfaire de programmes qui ne procèdent que de seuls impératifs économiques et stratégiques, d’une pratique dissociée de tout imaginaire collectif, de tout projet, de tout rêve.

L’Utopie se situe à la source de l’invention politique et la précède. Elle propose des valeurs d’excellence, dont la pratique politique, en interface constant avec les conditions et contraintes du réel, ne peut s’approcher qu’« autant que faire se peut » : « la logique utopique est nécessairement rapportée à des logiques culturelles, politiques et sociales concrètes ; au passage à la réalité, l’Utopie se dégrade » (François Dubet / Rencontre pour une ville / Centre International du Futur à Arc et Senans / mars 80).

Elle reste toujours liée à la société qui la porte. Elle a procédé du cadran solaire et des vertus champêtres puis de la sirène des manufactures et des déracinements, des goulags et de leurs polices. Autant de ruptures suscitant l’apparition de nouvelles utopies. De Platon à Marx, en passant par Thomas Moore, Charles Fourrier ou Godin, nous reconnaissons cependant des constantes de l’Utopie, des invariants dont certains peuvent encore porter effet aujourd’hui.


POUR UNE VILLE DE NOUVELLE MESURE :

Nous vivons précisément un nouveau temps de remise en cause fondamentale de nos projets et pratiques politiques, un temps de rupture (Charte pour une ville / 29 octobre 83), avec, pour l’essentiel, une immersion inédite dans des flux permanents d’information d’échelle planétaire. Nous en proposons une lecture suivant quatre niveaux de réception et émission de messages : le site, la région d’accueil, l’Europe, les réseaux planétaires ; avec, toujours, la plus grande importance accordée à notre lieu de vie : « je suis de ce lieu et je m’en porte garant » (pour une ville / Nov.94 / p.8).

Il nous faut inventer de nouvelles pratiques politiques. Nous visons ici la libre invention d’une « Utopie renouvelée », une Utopie qui porte effet sur l’invention et la fondation d’une ville de nouvelle mesure :
- nouvelle, par sa géométrie. Il s’agit de l’organisation systémique d’un territoire plus large que la ville en son enceinte. Nous nous référons à une pratique d’ouverture sur le monde, de respect des impératifs de développement durable et des équilibres de milieux. Il s’agit d’une autre image de la ville.
- nouvelle, par les mesures prises pour l’organisation de la vie politique et sociale. Nous nous référons à des valeurs d’autonomie et d’initiative individuelle, d’exercice de l’esprit critique, de qualité des relations sociales, de disponibilité, de liberté, de franchise par rapport aux pouvoirs constitués.

Les travaux développés par l’association pour une ville, en vue de l’invention puis la fondation d’une ville de nouvelle mesure, l’ont toujours été suivant des pratiques d’analyse systémique.

La mise en place de notre site www.pouruneville.com, a pour objectif l’élargissement de ces travaux à de nouveaux partenaires. Il s’agit de débattre, analyser, procéder à de nouvelles synthèses, inventer ensemble des formes d’aménagement et organisation d’un territoire qui correspondent aux impératifs de notre temps.

Les appels à contributions, sont formulés suivant cinq thèmes majeurs : l’espace, le temps, la vie économique, la politique, la vie en ville de nouvelle mesure. Ils permettront des analyses centrées sur des aspects spécifiques nécessairement considérés dans tout plan d’aménagement, toute organisation sociale et politique innovante. Dans un premier temps, ces appels seront nourris de propositions et hypothèses énoncées par l’association au fil de ses travaux. Ils seront ainsi débattus suivant des cercles de plus large audience.

Ces analyses thème par thème, constitueront des pôles actifs sur la toile de nos échanges, des cristallisations de pensée ayant vocation à progressivement irradier l’ensemble des nouvelles propositions et hypothèses énoncées. On ne manquera pas d’évoquer ici le maillage d’un territoire avec ses pôles de créativité (un passage du réel au virtuel et inversement).

Au fil de nos échanges à venir, nous réactualiserons ainsi des résultats acquis, procéderons à des synthèses inédites, formulerons et dessinerons les images innovantes d’une ville de nouvelle mesure.

A NOS CLAVIERS !...

Claude TREHIN.
22 septembre 2006.

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Messages reçus en réponse :
Citation de V.Hugo par Patrick Bonifait
Bonjour,

C'est sur cet édito que l'on pourrait peut-être citer V.Hugo
parlant de l'utopie.
Messages reçus en réponse :
poésie d'introduction par Patrick Bonifait
Cette citation en exergue de l'éditorial me semble quelque peu défaitiste. C à cet emplacement que j'imaginais la citation de VH sur l'Utopie source de Lumières.
Le site est bien.
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Edito par Patrick Bonifait
Pouvons nous envisager de remplacer ce poème larmoyant d'Aimé Césaire par le poème de V H p24 du point d'étape 2002

Merci
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Parfait édito par Patrick Bonifait
Je pense qu'il est très bien, doit rester là et pourrait être introduit par un poème plus dynamique
Messages reçus en réponse :
poésie d'introduction par Patrick Bonifait
Ne serait il pas plus vigoureux de citer en poésie introductive les vers de Victor Hugo sur l'UTOPIE

?

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